lundi 16 mars 2009

Lorsque les enfants sont rentrés de vacances nous n’avions nulle part où aller. J’ai dû solliciter de nouveau Emmanuelle pour que l’on puisse rester jusqu’au mercredi. J’étais très gênée et honteuse, je lui ai envoyé un texto et elle m’a répondu ceci : « Julie je ne peux te dire non. Rien que de vous imaginer tous les trois dehors me donne des frissons »…

Ensuite nous sommes allés chez Kamini. Lorsque l’on arrive dans un nouveau lieu on met toujours un peu de temps à s’adapter. Les enfants ont eu une ou deux nuits difficiles. Kamini a deux fils, Anton et Achille. Ils connaissent bien Jules et Orphée, et ils s’entendent très bien, ils étaient très excités de dormir ensemble. Ça leur arrivait de passer quelquefois le week-end ensemble mais c’est dans un esprit de fête. Tandis que là ils avaient école le lendemain. Ils savent bien que ce n’est pas une situation normale, donc c’est perturbant pour eux, et on peut dire que l’on n’a pas très bien dormi au début ! Les uns après les autres, ils se sont réveillés au milieu de la nuit ! Mais malgré le réveil difficile, on est arrivé à l’heure à l’école, et avec le sourire.

Nous avons cohabités seulement deux nuits avec Kamini et ses deux garçons. Ensuite les enfants sont partis chez leur papa, et Kamini nous a gentiment laissé son appartement pendant une semaine. Puis toute la petite famille est revenue vendredi, et c'est Florie qui nous a accueillis pour deux nuits.

Nous devions ensuite emménager pour une semaine chez une personne qui m’a contactée suite à mon dernier post. Ils partent une semaine en vacances. Son ami ne connaissait pas du tout notre histoire, il a été très étonné lorsqu’elle lui a annoncé qu’elle souhaitait nous prêter leur appartement ! Je le comprends, ça peut être gênant de laisser des inconnus entrer dans l'intimité de son foyer... On devait se voir tous les trois pour en parler, mais finalement la rencontre ne s’est pas faite, il était trop réfractaire, elle a préféré annuler. Elle était très ennuyée au téléphone, car elle aurait dû en parler d'abord avec son ami et être sûre de son accord avant de m’appeler.

En ce moment on est vraiment sur la corde, je n’ai que des plans de dernière minute… Quand ils ne sont pas annulés…

Florie m’a téléphonée juste après ce coup de fil qui m’avait tant découragée, et j’ai eu très peur qu’elle aussi se désiste, mais heureusement c’était seulement pour discuter de l'organisation. Et comme je lui faisais part du désistement et de notre problème de maison pour la semaine suivante, elle nous a proposé de rester plus longtemps. Ce n’est pas grand, un deux-pièces, mais elle m’a dit en riant : « C’est pas grave, on fera du camping, on s’arrangera… »... On est donc chez elle cette semaine.

Finalement j’ai plutôt de la chance, car pour l'instant tout finit toujours par s’arranger tant bien que mal, mais psychologiquement ce n’est pas facile. Heureusement les enfants n’étaient pas là lorsque j’ai reçu l’appel, sinon ils auraient vu ma détresse et je ne le veux pas. Je commence à trouver le temps long et je pense de plus en plus au jour ou l’on posera nos sacs définitivement...

vendredi 6 mars 2009

J’avais réussi tant bien que mal à trouver des solutions pour le mois de mars, je pensais être tranquille pour un mois et voilà que jour après jour mon téléphone à sonné pour des annulations, parfois même à la dernière minute. J’ai dû improviser pour cette semaine, Kamini qui nous avait déjà hébergés en septembre a gentiment accepté de nous accueillir de nouveau pour quelques jours.

Le fait est que cette situation me met à bout de souffle. Je suis extrêmement fatiguée, je ne parviens plus à dormir correctement, je suis de moins en moins joviale et je n'ai plus la force de faire les démarches que je devrais faire. Je ne me sens pas du tout au bout du chemin comme certains le pensent. Il est vrai que Camille souhaite acheter un appartement pour ensuite nous le louer mais le projet est encore très loin d’aboutir ! On n’achète pas un appartement comme on achète une chemise !....

En attendant il faut de toute urgence que je trouve quelque chose pour les semaines qui viennent. Je n’ai plus d’opportunités d’hébergement dans mon quartier, et je ne veux ni ne peux solliciter les mêmes personnes qui jusqu’à présent nous ont si généreusement aidés. J’aimerais tellement que la mairie se manifeste mais jusqu'ici je n’ai toujours pas eu de nouvelles…

Je fais donc un appel ici pour une sous-location d’un mois ou plus dans le 18ème ou arrondissements limitrophes. Tout type de logement mais n’excédant pas 700 euros. Si vous entendez parler de quelque chose de ce genre, merci de faire le lien !

jeudi 26 février 2009

C'est les vacances scolaires, les enfants rentrent samedi soir avec leur grand-mère et je dois absolument trouver un lieu pour les accueillir. Du coup je n'arrive pas vraiment à me reposer pendant leur absence.

Une amie m'a proposé une sous-location dans le 19 ème qui est finalement tombée à l'eau. Elle part fin février et a tout de suite pensé à nous, sauf que la propriétaire a estimé que le loyer n'était pas assez élevé et a voulu doubler le prix… Finalement mon amie s'est disputée avec elle car elle est contre ce genre de pratiques.

Pendant ce temps, je loge chez une amie d'Emmanuelle qui m'a prêté son logement, une petite maison au fond d'une cour, c'est très agréable, on se croirait à la campagne.

J'aimerais trouver un logement de transition avant d'emménager dans notre appartement. Un logement où on pourrait se poser un peu sans que je me demande sans cesse où nous irons après. C'est drôle, les enfants ne me demandent jamais rien. Sans doute ils me font confiance… Jules est très partagé sur le fait de retrouver un toit. Il me dit qu'il préfère « vivre comme un bohémien » car il n'est jamais seul et rencontre plein d'enfants, mais en même temps je sais qu'il voudrait bien récupérer ses jouets. Il se souvient parfaitement de tous ceux qui se trouvent dans la cave !

Camille est venue à Paris cette semaine, nous avons pu visiter quelques appartements ensemble. Je dois en voir trois autres ce week-end avant qu'elle choisisse celui qui sera le plus intéressant à la fois pour elle et pour moi. Evidemment je n'ai pas carte blanche, elle m'a donné ses exigences, cela va de soi.

Une lectrice m’a fait la remarque : « Cela doit être une expérience particulière de passer des interminables dossiers de demandes d'HLM à acheteuse potentielle via des agences immobilières ». Effectivement, cela est assez étrange mais ce qui m’a le plus dérouté c’est comment l'accueil change dans les agences immobilières. Lorsque je me présentais avec mon petit dossier pour une location, ils n’avaient rien à me proposer… Une agence m’avait même dit sèchement qu’avec deux enfants je devais obligatoirement avoir un trois pièces sinon les assurances ne fonctionneraient pas, sauf qu’avec mes revenus ils ne pouvaient rien me proposer de tel… J’étais dans une impasse. Et voilà que la même agence m’a fait des ronds de jambe lorsque je me suis présentée pour acheter un appartement avec Camille. Cela ne m’a pas fait plaisir, j'ai même trouvé cette attitude assez pitoyable !

samedi 7 février 2009

J'ai contacté plusieurs agences immobilières de mon quartier et j'ai commencé à visiter quelques appartements. Ce n'est pas évident de m'organiser pour trouver du temps, mais j'en ai quand même vu une dizaine. Je ne sais pas comment l'expliquer mais je me suis rendu compte qu'il m'est difficile de me projeter dans un appartement à moi. Peut-être parce que cela fait longtemps que l'on est sans domicile. Ou bien c'est que je n'arrive pas à y croire…

J'ai fait l'erreur de visiter un appartement au dessus du budget que Camille m'a fixé. L'agence m'a dit qu'il serait facilement négociable, car il est en vente depuis déjà plusieurs mois. Mais en fait le propriétaire actuel n'est pas prêt à baisser le prix. L'appartement m'a beaucoup plu mais il ne faut plus y penser. Quand on doit acheter quelque chose avec un budget précis, mieux vaut ne pas regarder au dessus !

Sinon j'ai vu beaucoup d'appartements qui nécessitaient des travaux ou un rafraichissement général. Pourquoi pas, du moment que cela reste dans le budget. J'ai demandé à Emmanuelle de faire quelques visites avec moi car j'ai besoin de conseils. A force de visiter, je commence à me rendre compte des prix pratiqués et ce à quoi je peux m'attendre, mais un deuxième œil me rassure. Même si au final c'est Camille qui choisira.

Je suis à la fois pressée car j'ai hâte de poser nos sacs et de retrouver un chez nous où l'on pourra s'installer pour de bon et inviter nos amis… Et en même temps, j'ai envie de prendre mon temps pour choisir vraiment l'appartement où l'on se sentira bien, Orphée, Jules et moi.

Pour l'instant, nous sommes toujours logés chez Emmanuelle. Je lui ai demandé si l'on pouvait rester jusqu'aux vacances des enfants et elle a accepté. Cela nous a fait du bien de nous poser un peu. La rentrée a été difficile et je n'arrivais pas à m'organiser et à être efficace. Mais petit à petit la vie a repris son cours et de nouveau je retrouve l'énergie pour le quotidien. Nous avons passé de bons moments tous les six, comme la fête pour les six ans de Louise. Jules s'est retrouvé le seul garçon à la fête ! Il a fini dans la chambre à regarder « Les aristochats » avec Orphée et une petite fille qui s'était fâchée avec ses copines.

J'ai reçu un courrier de la préfecture concernant mon dossier DALO. Ils ont mis sept mois pour s'apercevoir que mon dossier est incomplet ! Ils me demandent maintenant de leur retourner le dossier complété sous un mois afin d'étudier mes droits ! Vu leur lenteur, je me demande si c'est bien la peine que je leur réponde. Ma situation aura changée, j'aurai un appartement et je ne serai plus admissible... Tant d'énergie et de temps pour rien…

Ce qui me fait peur, même si je vais enfin retrouver un toit pour nous, c'est que je ne vais plus être prioritaire au niveau des HLM. Pourtant, dans l'idéal, je souhaiterais un jour que l'on ait deux chambres, une pour les enfants et une pour moi. Mais à Paris, habiter dans plus de 35 m2 est un luxe !

vendredi 16 janvier 2009

Bonjour à tous et meilleurs vœux pour 2009. Cette année commence douloureusement pour nous. Mon frère aîné est décédé brutalement le 3 janvier dernier. Nous ne sommes donc pas revenus à Paris pour la rentrée comme prévu, nous sommes restés chez ma mère jusqu'aux obsèques qui ont eu lieu vendredi dernier. Entre-temps, Jules a été hospitalisé à Bordeaux à cause d'une pneumopathie et je l'ai accompagné à l'hôpital quelques jours. Il en est sorti dimanche mais il reste en convalescence chez ma mère une semaine de plus.

Je suis donc rentrée dimanche soir à Paris avec Orphée. Au dernier moment, j'ai sollicité de nouveau Emmanuelle, car nous devions rendre l'autre appartement lundi et je ne savais pas du tout où aller. Emmanuelle a accepté sans hésiter de nous héberger de nouveau. Nous sommes directement allés chez elle. Après avoir couché Orphée, je suis allée chercher nos affaires à l'appartement où nous étions avant les vacances. J'ai tout rassemblé dans plusieurs sacs et j'en ai mis une partie dans un coin. Je ne pensais pas avoir accumulé autant d'affaires en un mois, je ne pouvais tout déplacer en une seule fois. Ne pas avoir d'appartement est de plus en plus dur à gérer concrètement. Je ne supporte plus de faire un sac, même pour partir en vacances, ça me dépasse… Je devrais pourtant être une pro du sac ! Il faut tout le temps veiller à ne garder que le strict nécessaire. J'ai donc pris le plus gros, et j'y suis retourné le lendemain matin pour finir de tout déménager et rendre les clés. On va rester chez Emmanuelle un petit moment, je vais essayer de trouver une autre solution très vite. Le week-end prochain, elle reçoit sa sœur et ses neveux. Elle nous propose quand même de rester, mais je préfère lui libérer la place pour qu'elle puisse recevoir sa famille tranquillement. Je ne sais pas encore où nous irons mais je pense à une amie qui habite à Pantin et qui a proposé de nous recevoir au besoin. Nous verrons.

Voilà donc les nouvelles... Nous sommes repartis dans le quotidien et nous essayons de rester debout. A la fin du mois, cela fera un an que nous sommes sans logement. En quittant notre appartement en janvier 2008, je ne pensais évidemment pas que ça durerait aussi longtemps. C'est une drôle de vie quand même que nous avons depuis un an. C'est dur parfois de ne jamais pouvoir se poser.

Cependant il est arrivé quelque chose d'incroyable que je veux vous raconter même si rien n'est encore fait formellement. Notre problème pourrait trouver une solution plus rapidement que je ne l'imaginais.

Une personne a décidé de nous aider. Elle s'appelle Camille. Je ne la connaissais pas, elle m'a contactée après avoir lu l'article dans Le Monde en novembre dernier. J'avais reçu beaucoup de messages à ce moment et celui-ci s'était perdu au milieu des autres. Un mois plus tard j'ai fini par le retrouver et j'y ai répondu.

Camille a d'abord proposé de nous prêter un appartement qu'elle possède dans le 16ème. C'était une proposition très généreuse, mais il nous était difficile dans un premier temps d'habiter aussi loin à la fois de la crèche et de l'école qui sont au nord de Paris, et de mon travail qui est en banlieue sud. J'aurais dû passer 3 ou 4 heures par jour dans les transports, et je ne sais pas si j'en aurais eu la force. C'était néanmoins une solution envisageable à partir de l'été, car j'aurais alors pu changer les enfants d'école et les inscrire dans ce quartier.

Finalement on s'est rencontrées, et elle m'a fait alors une autre proposition encore plus généreuse : elle voudrait acheter un appartement dans notre quartier pour nous le louer à prix modéré.

Je dois dire que je n'imaginais pas que de tels gestes étaient possibles ! Toute cette histoire m'aura finalement beaucoup rassurée sur la bonté de certaines personnes. Nous sommes donc actuellement en train de chercher un appartement à acheter dans le quartier. Cela devrait prendre un peu de temps avant qu'on emménage définitivement, mais cela met de l'espoir dans toutes mes actions.

jeudi 25 décembre 2008

La semaine dernière est arrivée de Londres une amie de Anne et Jérôme, le couple qui nous sous-loue l'appartement. Elle avait besoin d'un hébergement temporaire, et donc nous avons cohabité cette semaine.

Jules était impatient de voir cette nouvelle personne et n'arrivait pas à s'endormir. Dès qu'il a entendu frapper à la porte, il s'est levé pour aller dire bonjour. Nous croisons tant de nouvelles personnes tout le temps, mais cela n'effraie pas du tout les enfants. J'aimerais que notre situation leur apprenne la solidarité, le partage, la gratitude. Même s'ils sont encore très petits et même si je les protège du mieux que je le peux face à notre situation, j'aimerais qu'ils prennent conscience que la vie n'est pas facile et que rien n'est donné d'avance.

Cette expérience nous aura fait rencontrer des personnes formidables et vivre des choses inoubliables. Cette année a été à la fois difficile et incroyable. Je ne peux oublier toute l'aide que m'ont apportée mes amis et ma famille, mais aussi des gens que je ne connaissais pas du tout avant le blog et l'article dans le Monde. J'ai rencontré des gens formidables qui nous ont hébergés ou apporté leur soutien d'une manière ou d'une autre. Et puis des rencontres qui se font par hasard, comme avec Stéph qui ne connaissait rien à notre histoire.

Notre cohabitation s'est très bien passée. Je lui ai laissé la chambre du bas car nous nous levons tôt tous les jours et les enfants sont assez bruyants. Elle est photographe et travaille avec des artistes dans la musique. Elle est venue en France accompagner Charlie Winston, un artiste qui devrait percer en France d'ici peu de temps. Il vient souvent à la maison et comme il y a un piano, on a eu la chance d'avoir un petit concert rien que pour nous. Tous ces moments sont inoubliables pour les enfants.

Nous sommes posés dans ce logement depuis un mois, cela nous a fait du bien de pouvoir rester quelque temps au même endroit, on a pu profiter de nos week-ends sans avoir à déménager. En ce moment, nous passons quelques jours de vacances chez ma mère dans le Sud-Ouest, cela fait du bien aussi de pouvoir se reposer vraiment. Mais je commence à m'angoisser, car je ne sais pas encore où nous irons à la rentrée.

Je vous souhaite un joyeux Noël et d'excellentes fêtes à tous, je pense en particulier aux personnes qui m'ont écrit pour me raconter leur vie dans des conditions très dures. Je souhaite fort que leur vie devienne plus facile. Pour les années à venir, je voudrais que de vraies solutions soient mises en place pour le logement. Sans jugement ni charité, juste parce qu'avoir un toit est un droit primordial.

Une pensée spéciale aussi pour Benoît, Virginie et Timothée.


lundi 8 décembre 2008

Nous avons un nouveau gîte depuis presque deux semaines. Pour déménager, j'ai emprunté une voiture et pendant que les enfants mangeaient avec Emmanuelle j'ai transbahuté toutes nos affaires. Ensuite, le plus tôt possible pour avoir le temps de nous familiariser avec notre nouvelle maison, je suis revenue chercher les enfants. Nous sommes repartis tous les trois sur notre fidèle vélo et j'ai fait la visite à Jules et Orphée.

C'est en fait une ancienne boutique qui donne directement sur la rue. C'est assez rustique mais plaisant malgré l'humidité et le froid qui passent à travers les murs. Ça me rappelle ma maison d'enfance qui était toujours en travaux : le sol de la pièce principale est en béton tout fêlé, la cuisine est carrelée de tommettes, les murs sont recouverts de dessins d'enfants et d'étagères avec des livres empilés, il y a un piano droit, une vieille voiture de course à pédale pour enfants. C'est simple, on s'y sent bien. Le rideau de la boutique est en bois et pour l'ouvrir il faut faire tourner la vieille manivelle avec tout son corps. Il y a une pièce principale avec dans l'arrière-boutique une cuisine, une salle de bains, et une toute petite chambre qui contient juste des lits superposés pour les enfants. Il n'y a pas vraiment de séparation entre ces pièces et je crois que c'est rassurant pour Jules et Orphée. Quand ils s'endorment, je suis dans la pièce juste à côté, ils m'entendent ranger et la lumière qui pénètre dans leur chambre les apaise tout doucement… Dans la cave au sous-sol se trouve la chambre où je dors. Pour y descendre il faut prendre un escalier en bois très à pic, l'accès est protégé pour les enfants. Il n'y a pas de fenêtre, juste un puits de jour sur la rue et un trou grillagé qui donne sur la pièce principale. Je pensais me sentir oppressée mais en fait pas du tout, la pièce est assez volumineuse, toute blanche et simple. Sur la longueur d'un mur se trouve des placards avec des portes coulissantes bancales. Et tout au fond des placards, avec Jules nous avons découvert une porte secrète !...

Les aléas de tout ces changements, c'est que l'on ne connait pas bien les maisons et les habitudes des propriétaires et de petits accidents peuvent parfois se produire...

Peu après avoir couché les enfants samedi soir, j'étais dans la pièce à côté quand tout d'un coup j'ai entendu un grand bruit : j'ai tout de suite compris que c'était Jules qui était tombé. Ce sont des lits superposés qu'ils ont bricolés et en haut, il n'y a pas de barrière de sécurité... J'ai eu tellement peur, cela fait quand même près de 1m60 de haut ! Heureusement il y avait quelques coussins par terre... Je me suis précipitée, j'ai pris Jules dans mes bras et je l'ai installé sur le canapé, mais il s'est rendormi tout de suite. J'étais tellement inquiète que j'ai entrepris de lui poser toutes sortes de questions pour voir s'il n'avait pas perdu conscience et s'il avait toute sa lucidité : « Tu t'appelles comment ? », « Tu as quel âge ? », « Qui est ton frère ?»... Tout en dormant, il a répondu très normalement à mon interrogatoire absurde, ce qui m'a un peu rassurée. Le lendemain au réveil il se demandait ce qu'il faisait sur le canapé, il avait tout oublié ! Quand Jules dort, rien ne peut le tirer du sommeil. Au petit déjeuner, je lui ai quand même reposé des questions pour m'assurer que tout allait bien, et ce qui est sûr c'est qu'il n'a oublié aucun nom de dinosaures ou autres animaux préhistoriques, même pas le Dunkleosteus qui, si vous l'ignoriez, "est un énorme poisson presque aussi méchant que le Mégalodon !"

On a finalement trouvé une planche toute fine et flexible qui fait exactement la longueur du lit, cela doit être ce qui normalement fait office de barrière de sécurité. On l'a installée et pour en vérifier la solidité, Jules est monté dans le lit et l'a poussée d'un coup de tout son corps comme s'il voulait passer au travers. Ça va, ça a l'air solide, la planche le renvoyait en arrière comme un trampoline, à son grand amusement. La nuit suivante, il n'a pas eu la moindre appréhension au moment de grimper dans son lit.

Par contre j'ai l'impression que Orphée ne se sent pas à l'aise ici, il ne dort pas bien et hier il ne voulait pas rentrer dans la maison. Souvent la nuit il se réveille et je dois monter le chercher pour le prendre avec moi dans le grand lit au sous-sol. Je pensais pourtant qu'il avait complètement assimilé notre mode de vie. Il avait seulement un an et demi lorsqu'on a quitté notre appartement, il était trop petit pour se souvenir de cette période. J'imagine que ça doit lui sembler normal de changer régulièrement de maison. Ce n'est pas comme Jules qui souvent se souvient de sa chambre et regrette les jouets qui depuis si longtemps sont dans des cartons… Je vais néanmoins pouvoir récupérer bientôt son vélo qu'on avait laissé en haut de Belleville, car ici nous avons la possibilité de le rentrer et de le ranger facilement. J'ai amené le mien à réparer samedi dernier car cela fait plus d'un an que je l'ai et il fallait faire une petite révision, on roule quand même à trois dessus ! Je l'ai récupéré hier en meilleur état, c'est plus sûr et plus agréable. Comme on n'habite pas très loin de l'école on pouvait s'en passer ces jours-ci, mais vu qu'en janvier je ne sais pas encore où nous serons, il vaut mieux prendre toutes nos précautions !

C'est bientôt les fêtes et à la demande de Jules j'ai acheté quelques décorations de Noël mais j'avoue que je n'ai pas la tête à ça. Après tout ce bruit sur mon blog les choses passent et je n'ai toujours aucune piste pour un logement fixe, aucun signe de la mairie à part une lettre de M. Vaillant m'expliquant un ultime signalement au préfet de Paris. Nous descendons sur Bordeaux pour les fêtes, je ne nous voyais pas rester à Paris, les enfants ont besoin de changer d'air et d'être chouchoutés par leur grands-parents. Mais je reste optimiste et confiante, 2009 sera une bonne année pour nous.

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